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Calcio : argent, politique et sales trafics

:::: Par Diana Vivarelli | paru le 18/12/2013

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En Italie les matchs de foot rythment les sorties du dimanche et les relations de famille : les hommes sortent ensemble pour aller à la « partita di calcio » pendant que les femmes restent bavarder et ranger le repas sacré du dimanche.

Je suis née juste à côté du stade de Bologne, c’est pourquoi le foot est entré dans ma vie dès mon plus jeune âge.

Toute petite, depuis ma chambre, j’entendais crier « Goool ! Goool ! » avec une telle puissance que les murs vibraient. On aurait dit le grondement d’une montagne, une avalanche, une tempête ! Je sortais sur la terrasse et je criais avec les voisins, à l’unisson, en pleurant de joie, en les embrassant, en gesticulant…  J’étais fière d’imaginer mon papa là bas, au Stade, parmi cette foule heureuse de « tifosi ».

Et puis, à partir du moment où les signes extérieurs de féminité ont germé, longer le « Stadio » le dimanche est devenue une rude épreuve. Mains sur les fesses et sur les seins, propos obscènes, quelques coups si je réagissais… Ainsi j’ai appris très tôt à me défendre des attaques d’hommes en groupe. Je n’en parlais à personne, par crainte qu’on m’interdise de sortir. 

Maintenant, c'est-à-dire trente ans après, il est pratiquement impossible de circuler autour du Stade de Bologne, parce que la plupart des dimanches il y a un immense regroupement de gens habillés en noir, armés, en rang, criant des slogans racistes, fascistes, en train de s’affronter avec les forces de l’ordre qui se tiennent à raisonnable distance. Je ne sais pas si de telles images passent sur les écrans, mais je me suis plusieurs fois cachée pour éviter de me faire massacrer.

Je comprends que le foot soit une moment social et qu’il ait représenté une certaine culture ouvrière, mais désormais cela a bien changé. J’ai du mal à comprendre cet enthousiasme collectif, alors que beaucoup de supporters disent que la plupart des matchs (en Italie tout au moins) sont truqués.

Evidemment, il y a tellement d’argent en jeu qu’on pouvait le soupçonner ! Entre les paris et le « Totocalcio » beaucoup de monde y gagne, état compris.

A qui profite cet engouement  généralisé ? Qui a intérêt que le foot s’impose comme le rite par excellence ? Et pourquoi tant de gens sont prêt à y adhérer, parfois en reniant leurs intimes convictions ?

Pour comprendre les liens entre politique et football, suivons la piste de l’argent et de la politique italienne depuis les années quatre-vingts, quand la gauche a failli entrer au gouvernement.

En 1980 un certain Berlusconi, propriétaire de la petite chaine régionale « Telemilano », signe en Uruguay le contrat de diffusion du Mondialito pour 43 pays. Il paye 6 millions de dollars à  la société Vulgaris domicilié au Panama et il se débrouille pour que le Mondialito passe sur la Rai, la télévision publique italienne.  Comment a-t-il fait ? En Italie on dit que la Loge maçonnique P2, à laquelle Berlusconi était affilié (numéro 1816) avait intérêt à le soutenir, puisque  le fasciste Licio Gelli, chef de file de la Loge, aidait ainsi le régime de son ami le dictateur Mendez, et par cela les diverses dictatures fascistes en Amérique latine. 

Et voilà le début de l’ascension de Berlusconi et de ses télés. Ensuite Berlusconi deviendra président de Milan AC et on connait la suite... Beaucoup de monde en Italie pense que l’argent de Berlusconi provient de sales trafics de drogue et de prostitution, et que le foot sert à le recycler.

On constate que les stades italiens servent depuis des années d’entrainement aux fascistes les plus violents et racistes, mais les lois du marché et l’argent des publicités minimisent cette mouvance ultra-violente.   

Je ne suis pas sûre que drapeaux, hymne national et valeurs patriotiques soient compatibles avec un football en voie de perdition, où la prostitution a une grande place, avec certains joueurs qui y participent, et que des investissements juteux liés aux trafics d’être humains, dont des mineurs, sont réalisés lors des grands événements sportifs. 

Faire le fête, décompresser, se payer du bon temps… Rien de choquant, juste du sport !

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