Samedi 25 mars 2017 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 76 Partager

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Une journée particulière

:::: Par Catherine Tullat | paru le 21/04/2015

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D’Ettore Scola et Ruggero Maccari

Mise en scène : Christophe Lidon

 

Une journée particulière actuellement au théâtre du Petit Montparnasse nous embarque dans une soirée particulière. Dès les premières images, les deux personnages, Antonietta et Gabriele, magistralement interprétés par Corinne Touzet et Jérome Anger, nous font basculer en 1938. Ils apparaissent sur scène chacun dans leur décor. Antonietta prépare le petit déjeuner pour sa famille qui se prépare à aller à « la parade » en l’honneur du Duce. Gabriele est au téléphone, il ne va pas à « la parade ». Cette présentation, ponctuée par des images projetées sur scène, installe immédiatement l’atmosphère de la pièce : deux solitudes, spectateur d’une Histoire tragique qui se dessine et qu’ils subissent chacun à leur manière. Lui, par l’homophobie, le rejet de la société. Elle, par son mari et son idéologie. La pièce est très actuelle, par les thèmes qu’elle aborde : l’homophobie, le racisme, la xénophobie, la montée de l’extrême droite. Un certain malaise nous envahit vu le contexte actuel.

Les images projetées permettent également de marquer la différence sociale, politique, psychologique, des deux personnages qu’apparemment tout sépare. Ne se ressemblent-ils pas étrangement ?  C’est ce qui apparaît progressivement au fil du récit. C’est troublant et beau. On se plaît à penser qu’ils vont se rapprocher, qu’ils vont s’aimer peut-être. Ils nous offrent un plaisir immense à suivre l’avancée de leur sentiment. Notre imagination est en éveil. Un certain suspens s’installe par l’intrusion de la concierge interprétée par Huguette Hatem, également traductrice du texte en français. Elle fouine partout, se mêle de tout. Elle apporte une drôlerie et une invention jubilatoire, mais elle met en danger Antonietta. Elle pourrait la dénoncer car elle sait que le voisin est chez elle. Le défilé est en toile de fond et est le pouls de l’ambiance générale.

L’envol de l’oiseau d’Antonietta qui atterrit chez son voisin est le début de cette journée particulière. Elle ose sonner chez lui. Elle est en déshabillé, ne prend pas la peine de se changer, elle est nature, c’est ce qui séduit Gabriele et nous séduit. Cette journée est un moment unique dans leur vie en dehors de la liesse nationale. Ils vont prendre le temps de se rencontrer, de se découvrir, de s’approcher, de se livrer, de se laisser aller. C’est une heure trente de plaisir. Corinne Touzet est une Antonietta plein de charme, de sensualité, de simplicité, de générosité. Elle est impressionnante de justesse. Elle bouge, elle parle, elle est Antonietta. Aucune comparaison ne peut être faite avec Sophia Loren qui à l’époque nous avait subjugués. De plus,  on est bien au théâtre, l’adaptation de Gigliola Fantoni est précise, juste et la mise en scène adaptée pour la scène. Il n’y pas de confusion possible. Elle est sobre, tout en subtilité, pleine d’invention. Les images projetées habillent le lieu, font vivre la famille, personnalisent chaque décor et le défilé. La matérialisation par des comédiens des discours à la radio, nous fait revivre, en direct, l’Histoire du moment. Nos sensations, nos peurs, sont en éveils. La construction de la pièce installe une tension et une intensité dramatique. Le défilé terminé, le quotidien reprend son cours, mais rien ne sera plus jamais comme avant. Cette journée particulière a provoqué un séisme dans le cœur d’Antonietta et de Gabriele. La fin est ouverte et laisse place à l’interprétation. Ne ratez pas cette pièce qui se joue au moins jusqu’à mi mai au Petit Montparnasse. 31 rue de la gaieté ; Du mardi au jeudi à 20H et le vendredi et le samedi  à 21H

 

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