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Les écritures d'une autre Europe n°11

:::: Par Gilles Boulan | paru le 27/03/2015

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La Récolte de Pavel Priajko

La pièce

Comme nul ne l'ignore, la pomme joue un rôle irremplaçable dans notre vision judéo-chrétienne du libre-arbitre humain et de la prise en charge de notre destinée loin de l'Eden perdu. Ce fruit croquant de la tentation reste définitivement attaché à l'image du fruit défendu et de l'arbre de la connaissance. Lequel, selon les Latins, se payait l'ironie de se nommer malus. Etymologie explicite en terme écologique. S'attaquer de la lame du couteau ou du mordant de ses incisives à la chair de la pomme, c'est croquer dans une damnation qui a la saveur de l'interdit. Nul ne saurait y résister. Demandez à Blanche Neige ! Ou demandez à ces trois déesses glamour calibrées par l'œil expert d'un prince troyen !

Ces quatre cueilleurs de La récolte ne se doutent pas une seule seconde qu'ils sont au paradis  dans ce verger impeccable où ils n'ont qu'à lever la main pour remplir leur mission. S'ils ne manquent pas de bonne volonté dans l'exercice de leur travail,  ils ignorent tout de l'attention, du respect quasi religieux qu'ils devraient prodiguer et leur pathétique maladresse se conjugue avec leur incompétence. Ces quatre-là ne sont pas un double du couple originel et nul autre serpent ne vient les titiller que les sonneries de leur Smartphone. Ce sont surtout des imbéciles du genre qu'affectionnait Flaubert avec Bouvard et Pécuchet, des jeunes gens de la ville qui trouvent rigolo de s'encanailler à la campagne dans des travaux des champs, de deviser sur les reinettes comme des spécialistes de la fruiticulture ou de planter des clous dans une caisse défoncée. Toutes activités d'une apparente simplicité mais bien au dessus de leur niveau, qui d'incidents en incidents, aboutissent au saccage du verger.

Ca commence simplement, pour ne pas dire bêtement. Par une pomme abimée oubliée dans une caisse au milieu des pommes saines. Une pomme dont le pourrissement menace d'être contagieux et d'affecter les autres. Cette pomme intruse d'où vient le danger, il convient de l'extraire et de la mettre de côté, à la manière où l'on isole un individu dangereux. Et les voilà à l'œuvre pour réparer une maladresse qui en appelle très vite bien d'autres. Pommes choquées, pommes piétinées, pommes déplacées à case d'un sac, caisses lourdement remplies dont le fond lâche, réparations approximatives, expérimentations sauvages pour améliorer la technique.... Le remède est toujours plus néfaste que le mal et dans la progression d'un effet domino, la pomme originelle détruit non seulement la récolte mais l'ensemble du verger.  Après quoi nos pitres malfaisants, satisfaits d'en avoir fini, peuvent retourner à leur vraie vie d'irresponsables connectés.

Cette comédie de la catastrophe est d'un humour dévastateur, parfaitement réjouissant et d'une efficacité redoutable. Elle tient de la clownerie autant que de la farce et son texte est farci de nombreuses actions dramatiques aussi essentiels à l'intrigue que le sont les agitations de Vladimir et Estragon dans leur verger à un seul arbre dépourvu de reinette. Mais derrière la machine  diabolique du rire, derrière la férocité d'un regard au scalpel sur la stupidité des hommes et leur gestion calamiteuse des ressources naturelles, se cachent d'autres préoccupations, plus inquiétantes, plus douloureuses comme si ce verger dévasté ressemblait à Tchernobyl ou au paradis illusoire de l'Union soviétique.

L'auteur

Né 1975 à Minsk en Biélorussie, Pavel Priajko est un des auteurs importants de la scène russe et biélorusse actuelle?

Après des études supérieures de droit, il commence à écrire pour le théâtre en 2003  et  reçoit dés sa première pièce Le serpentin, le prix spécial du jury au deuxième concours International de dramaturgie Eurasia à Ekaterinbourg.  Sa seconde pièce Le pantalon de velours  confirme cette reconnaissance en étant également primée au premier Concours International de dramaturgie organisé en 2005 par le Théâtre Libre de Minsk. ?En 2006, Nous, Bellywood est à son tour sélectionnée au concours Eurasia puis créée au Théâtre Libre de Minsk dans une mise en scène de Vladimir Shtcherban (2006) avant d'être traduite en allemand, en anglais, en finnois et en français. Le spectacle est accueilli au Théâtre-Studio d'Alfortville et au festival Passages 2007 et fait l'objet d'une traduction française publiée. ??

Fréquemment présentées au festival Liubimovka de Moscou, ses pièces suivantes sont régulièrement crées à Minsk mais également en Russie. C'est le cas  de La Petite culotte crée en 2007 par Ivan Viripaev au Théâtre Na Litienom de St-Petersbourg.? C'est également le cas de Le Troisième séjour, créé dans une mise en scène de Philippe Grigorian au Théâtre Joseph Beuys à Moscou et de Une vie réussie mis en scène par Mikhaïl Ougarov et Marat Gatsalov au Teatr.doc de Moscou. ?Spectacle  qui recevra en 2010 le Prix spécial du Jury du Théâtre Dramatique au festival Masque d'or.

Pavel Priajko est également l'auteur de Quand s'achèvera la guerre créée à Minsk dans une mise en scène de V.Anisenko, d' Un souffle léger présentée par Marat Gatsalov au festival Liubimovka de Les Tchouktches  créé par Philippe Grigorian au Théâtre Scène-Marteau de Perm, de Le champ mis en scène par Philippe Grigorian au théâtre Ecole de la Pièce Contemporaine  de Moscou ??et de Une porte fermée mis en scène par Dmitri Vilkosrelov au Théâtre Mig de Saint-Petersbourg....

Œuvres  de Pavel Priajko disponibles en français

La Récolte a été traduit en français par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec et publié aux éditions l'Espace d'un instant en coédition avec Non Lieu dans le recueil Une moisson en hiver, panorama des écritures théâtrales contemporaines de Biélorussie. (juin 2011.)  La pièce vient de faire l'objet d'une création par le Théâtre national de Syldavie à la Maison d'Europe et d'Orient dans une mise en scène de Dominique Dolmieu (janvier 2015)

Nous, Bellywood de Pavel Priajko, Ravel Rossolko et Constantin Stechik, traduit par Virginie Symaniec et Maria Chitchenkova a été publié  dans un  recueil de trois pièces biélorusse aux Editions L'Espace d'un instant (2007)

Le champ a été traduit en français par Tania Moguilevskaïa et Gilles Morel à l'occasion d'une lecture publique dans le cadre de Le temps de parole au CDN de Valence

 

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