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Le regard rebelle

:::: Par Louise Doutreligne | paru le 01/04/2015

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ART ET FUTUR

 

Dans 20 ans nous serons sans doute 12 milliards ou plus sur terre avec une durée de vie qui devrait atteindre les 100 ans, et donc un temps dit de « retraite » assez considérable.

Douze milliards !

Cela va poser un nombre considérable de problèmes  quant à la cohabitation.

Imaginons les développements de la robotique, de l’internet, l’accumulation des déchets, les tentatives de passage sud/nord, est/ouest, les guerres de religion et ses fanatisme afférents, les armes de destruction, le clonage, les variations climatiques, les satellites voire l’habitation d’autres planètes, la construction dans l’espace…

Comment face à cette déferlante garder notre regard intérieur, conserver les traces sacrées de l’homme ?

Que vient faire « l’art » du sous-titre, ou « le regard rebelle» du titre, dans ce futur, et, dans ces visions socio-ethnographiques ?

L’art, les artistes, les écrivains ont toujours plus ou moins d’une manière ou d’une autre, de façon consciente ou non, et même à leur insu, « servi » les sociétés et les pouvoirs, mais dans le même temps ils ont toujours aussi réussi à ouvrir plus ou moins largement la porte d’autre chose, d’un ailleurs, d’un autrement.

Ils ont malgé tout toujours réussi à laisser entendre que la réalité n’est pas le réel et que la réalité n’est pas toujours la vérité .

Les artistes toujours présents ont survécu à tout, tout en étant traversés par tout, la foi religieuse, la foi politique, la gloire, la puissance, mais aussi l’ignorance, le mépris et la misère.

Cette particularité des artistes, on ne la saisit pas bien, soit on excuse leurs extravagances dans un romantisme exacerbé, soit on les ignore, soit on tente de les acheter.

Mais leur première capacité au fond reste leur esprit rebelle et c’est le fonctionnement de cet esprit de rébellion qui sera la seule soupape, pour  décrypter l’avenir.

Cette « petite musique » que l’art et les artistes, même les plus conventionnels ou les plus dépendants et serviteurs des pouvoirs, ont toujours laissé échapper, devrait devenir la clef qui permettra de déchiffrer et supporter le futur.

Car les seuls vrais témoins de l’évolution du monde, ce sont eux, les artistes.

De Platon à Sénèque, de Giordano Bruno à Pascal en passant par Shakespeare, Picasso, Rimbaud, Bacon, Racine, Le Greco, Cervantès, Tchekov, Chaplin….

Eus seuls sont, seront les hiéroglyphes du futur, dans l’esprit de nos ancêtres de Lascaux, 

Il faut absolument que dans la transition des trente prochaines années, nous ayons le courage de reconnaître, de comprendre, et d’apprécier ce qu’il y a d’extraordinaire chez l’artiste, de décrypter où il nous emmène et quelle est cette autre réalité dont il nous parle.

 Et si cette autre réalité de l’artiste était tout simplement l’humain ?

 Le cœur même, le noyau de l’humain.

Il est urgent que l’Education Nationale et ses responsables prennent rapidement conscience et accordent enfin autant d’importance dans les études aux arts et à la littérature qu’aux mathématiques et aux sciences économiques.

Il faut qu’ils prennent conscience qu’il est absolument urgent et nécessaire de « mettre Gauguin dans nos assiettes et Rimbaud dans nos verres », certes mais aussi tous les vivants de maintenant d’Akakpo à Zang pour paraphraser un titre en passant par Reza, De Pontcharra, Galea, Kristeva..

La plupart des gens surfent à la surface des choses sentant bien qu’il y a « autre chose » « autrement ».

Les artistes plongent pour eux, pour la plupart des gens, pour tous, pour toute l’humanité, en apnée pour les plus grands, avec masques pour les autres, mais plongent néanmoins, au cœur du réel, pour nous avertir qu’on peut s’approcher un peu plus du noyau central de la vérité.

C’est là que l’œil s’allume, et que l’on prend conscience que tout bouge, tout s’allume, tout virevolte, tout se disloque et se reconstitue tout le temps à chaque seconde, et que l’œuvre aura à rendre compte de cela : ce ballet du fractal permanent.

Bien sûr on peut brûler de cette vision ou se noyer, et certains artistes en font les frais ou paient le prix de cette connaissance, mais d’autres remontent des profondeurs ou ressurgissent des flammes, comme vêtus d’une nouvelle peau ou d’une autre sorte de peau, une peau qui parle.

La seule réalité de l’artiste c’est d’échapper !

Echapper aux codes, aux préjugés, aux diktats, aux injonctions non pas dans une révolte adolescente, mais dans un appel vers une autre réalité qui serait le cœur du réel, vers une autre temporalité qui serait le temps, vers cet élan vital qui régit les mouvements de l’univers, de l’atome et de nos sensations qui serait la vie.

Il s’agit juste de cela : célébrer, dès l’école, cet élan vital, ce sourire à ce qui est, qui est l’inverse de la béatitude, mais la vraie dynamique de l’existant.

Il faut enseigner un nouveau comportement mental qui permettra de vivre autrement.

Il ne s’agit pas, oh non, de nier les progrès technologiques, ni de briser les ordinateurs mais juste  de dire « restons aussi humains » et d’oser à chaque seconde poser la question, « où est ta richesse intérieure ? »

Il s’agit d’affirmer, face à tous les pouvoirs, cette volonté de recherche d’autres voies qui ne représentent rien d’utile pour les pouvoirs, rien d’utile apparemment.

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