L’histoire impose la forme.
L’histoire impose la forme.
Chaque histoire est un nouveau voyage, un saut dans l’inconnu.
Je n’oblige jamais mes personnages à parler comme moi. Plus je m’efface, plus je me sens aligné.
Laisser faire, lâcher prise.
Au risque d’être trahi, s’abandonner aux pulsions des personnages. Ils sont les maîtres à bord. Ils vont puiser dans mes lectures, mes émotions, mes souvenirs, mes lâchetés, mes blessures…
Et le rire n’est jamais loin.
Le rire n’est pas moderne mais je me moque d’être moderne.
Surtout ne jamais être de son temps.
Je suis à tout jamais fils d’ouvrier, me demandant à chaque instant si mon père, après sa journée harassante, aurait laissé glisser sa fatigue sur l’histoire que je lui raconte.
Je suis devenu directeur de théâtre… l’un des plus beaux de Belgique… le Théâtre Royal du Parc, paquebot d’or et de velours, petite sœur de la comédie française. Je veille aux histoires qui s’y racontent. Peu d’ouvriers y viennent mais leurs enfants, oui…. Obligés parfois, consentants la plupart du temps.
Je veux qu’ils s’émerveillent… qu’ils vibrent, en communion avec quatre cent autres citoyens.
J’aime les débuts, les milieux, les fins.
J’aime aussi les fragments qui se dévoilent, qui font sens peu à peu.
Laissons les personnages prendre le pouvoir… Ils sauront d’eux-mêmes le rythme qui leur convient, le mystère qu’il est bon d’entretenir à leurs égards… le langage dont ils habilleront leurs rêves…
Mon Maître, Michel Vinaver, que j’ai eu le bonheur de croiser pendant onze lundis, nous disait parfois « Vous avez tiré ! » lorsque l’une ou l’autre de nos répliques surgissait, dans une évidente étrangeté, dans une fulgurance qui nous échappait.
Il faisait référence à l’art du zen dans le tir à l’arc… N’être plus celui qui écrit… Etre le passeur, accepter de n’être qu’une voix de passage comme le seront ensuite les acteurs… pour mettre les spectateurs en contact brûlant avec le Mystère.
Il nous avait prévenus… il ne lirait jamais rien de nous.
Il a tenu parole et d’une certaine façon, coupant immédiatement le cordon, nous a laissés libres, face à nous-mêmes.
J’ignorais qu’il y avait un auteur enfoui en moi.
Un jour j’ai écrit une didascalie « L’orage arrive » et un orage terrible est tombé à l’instant même sur la ville où j’étais en résidence.
Les mots ont un pouvoir incroyable !
Ils ne sont d’abord qu’énergie… Ils ne sont d’ailleurs qu’énergie.
Le mot peut convoquer l’orage, défaire des tyrans…
Petit salut amical à un colporteur de mots, éditeur et ami… Emile Lansman. Une quinzaine de mes pièces ont trouvé dans sa maison gîte et couverture !
L’une d’elles se racontera à Avignon cet été 2012… MADE IN CHINA. Une compagnie de Lille, le Théâtre Octobre, sillonne la France depuis trois ans avec des mots qui ne m’appartiennent plus, des personnages qui attendaient que je les aide à naître.
Les enfants vous quittent… dans un mélange d’amour et de trahison.
J’aime ne pas les reconnaître tout à fait lorsque je les croise après une longue absence.