On dit Réson(n)ances
De quoi est-il question
On a dit oui
On consulte les articles précédents
On comprend
On m’a dit
Un auteur
Vivant ou disparu
Ou un cinéaste
C’est libre
On se dit
D’accord
Qu’est-ce qui m’envahit
Et puis on trouve
En soi
Ça surgit
On m’a suggéré un jour
Un homme sur un fil
Un fil-de-fériste qu’on dit
C’était un film
Un documentaire
Je suis sur un divan
Devant un écran
Un écran chez moi
Une télé quoi
Je vois
Des choses qui me ramènent
Au plus grand
Je vois
Quelque chose de complètement fou
Quelque chose que je n’oserais jamais faire
(Une fois Perec m’a déjà incité à faire un saut en parachute
Mais là c’est autre chose)
Je vois
Un homme qui s’appelle ironiquement Philippe Petit
Qui suit sa fixation
Son obsession
Il fait du fil de fer
Du funambulisme
Des traversées
En hauteur
Dans des lieux publics
Entre les deux clochers de Notre-Dame de Paris
Entre les montants du Harbour Bridge à Sydney en Australie
Entre le Trocadéro et le second étage de la Tour Eiffel
Entre les deux tours du World Trade Center qui n’y sont plus
Vous avez bien lu
Entre les deux tours du World Trade Center
Sans permis
Un an et quelques mois après leur inauguration
En 1974
Au sommet
À 415 mètres du sol
Isaac Newton a déjà dit
« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts »
Et voilà un pont entre l’homme et le fait d’exister
Un pont métaphorique
Cette traversée
Car
Il y a
Dans Man on wire
De James Marsh
Quelque chose de
Il y a
Quelque chose d’unificateur
De désarmant
À voir un homme
Librement
Défier la gravité
Pour marcher au-dessus du vide
Entre deux tours à bureaux
On se dit
C’est une folie
S’il tombe
Quel bide
Mais il ne tombe pas
Et je reste là
À le regarder ne pas tomber
À le regarder traverser et retraverser
Et je veux
Me rappeler
Ce fil
Et la folie de cette traversée
Je veux moi aussi
Survoler ce vide
Et les tours à bureaux
Le cirque moderne me fâche parfois
Parce qu’il joue avec moi
Parce qu’il joue avec le risque
Parce que je paie pour avoir peur
Mais cette traversée
En haut du World Trade Center
Réussit à m’apaiser
À calmer ma peur
À l’apprivoiser
Et c’est la beauté gratuite que je vois
Celle que trop souvent j’oublie
Celle qui est souvent enfouie
C’est un apaisement que je vois
Une image qui dépasse mon entendement
Cette marche en équilibre
Cette danse lente
À 415 mètres du sol me fait du bien
Un jour
Non
Nous ne tomberons pas
Un jour
Tout simplement
Nous n’y serons plus
Comme les deux tours
Qui ont disparu
Entre temps
Même si ces tours ont disparu
Le fil reste
Sans rien qui ne le retient
Ce fil reste dans les airs
Avec un homme dessus j’espère
Cet homme marche lentement
Et le vide et lui sont comme deux amants
Est-ce que je triche
En parlant ici d’un funambule
Plutôt que d’un auteur vivant
Ou disparu
J’aurais pu
Parler de Beckett ou de Shakespeare
Mais comme
Ce que ce funambule a écrit avec ses traversées
En fait un auteur pour moi
Et comme ma pièce préférée de lui trouve une résonance en moi
Je me suis permis de vous la partager ici
Voilà
Man on Wire, James Marsh, 2008
Oscar du meilleur documentaire 2009