Samedi 25 mai 2013 BAT - La revue des écritures théâtrales - Numéro 65 Partager

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Réson(n)ances...

Un homme sur un fil

:::: Par Martin Bellemare | paru le 01/04/2012

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On dit Réson(n)ances

De quoi est-il question

On a dit oui

On consulte les articles précédents

On comprend

On m’a dit

Un auteur

Vivant ou disparu

Ou un cinéaste

C’est libre

On se dit

D’accord

Qu’est-ce qui m’envahit

Et puis on trouve

En soi

Ça surgit

On m’a suggéré un jour

Un homme sur un fil

Un fil-de-fériste qu’on dit

C’était un film

Un documentaire

 

Je suis sur un divan

Devant un écran

Un écran chez moi

Une télé quoi

 

Je vois

Des choses qui me ramènent

Au plus grand

 

Je vois

Quelque chose de complètement fou

Quelque chose que je n’oserais jamais faire

 

(Une fois Perec m’a déjà incité à faire un saut en parachute

Mais là c’est autre chose)

 

Je vois

Un homme qui s’appelle ironiquement Philippe Petit

Qui suit sa fixation

Son obsession

Il fait du fil de fer

Du funambulisme

Des traversées

En hauteur

Dans des lieux publics

Entre les deux clochers de Notre-Dame de Paris

Entre les montants du Harbour Bridge à Sydney en Australie

Entre le Trocadéro et le second étage de la Tour Eiffel

Entre les deux tours du World Trade Center qui n’y sont plus

Vous avez bien lu

Entre les deux tours du World Trade Center

Sans permis

Un an et quelques mois après leur inauguration

En 1974

Au sommet

À 415 mètres du sol

 

Isaac Newton a déjà dit

« Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts »

 

Et voilà un pont entre l’homme et le fait d’exister

Un pont métaphorique

Cette traversée

 

Car

Il y a

Dans Man on wire

De James Marsh

Quelque chose de

Il y a

Quelque chose d’unificateur

De désarmant

À voir un homme

Librement

Défier la gravité

Pour marcher au-dessus du vide

Entre deux tours à bureaux

 

On se dit

C’est une folie

S’il tombe

Quel bide

 

Mais il ne tombe pas

Et je reste là

À le regarder ne pas tomber

À le regarder traverser et retraverser

 

Et je veux

Me rappeler

Ce fil

Et la folie de cette traversée

Je veux moi aussi

Survoler ce vide

Et les tours à bureaux

 

Le cirque moderne me fâche parfois

Parce qu’il joue avec moi

Parce qu’il joue avec le risque

Parce que je paie pour avoir peur

 

Mais cette traversée

En haut du World Trade Center

Réussit à m’apaiser

À calmer ma peur

À l’apprivoiser

 

Et c’est la beauté gratuite que je vois

Celle que trop souvent j’oublie

Celle qui est souvent enfouie

C’est un apaisement que je vois

Une image qui dépasse mon entendement

Cette marche en équilibre

Cette danse lente

À 415 mètres du sol me fait du bien

 

Un jour

Non

Nous ne tomberons pas

 

Un jour

Tout simplement

Nous n’y serons plus

Comme les deux tours

Qui ont disparu

 

Entre temps

Même si ces tours ont disparu

Le fil reste

Sans rien qui ne le retient

Ce fil reste dans les airs

Avec un homme dessus j’espère

Cet homme marche lentement

Et le vide et lui sont comme deux amants

 

Est-ce que je triche

En parlant ici d’un funambule

Plutôt que d’un auteur vivant

Ou disparu

J’aurais pu

Parler de Beckett ou de Shakespeare

Mais comme

Ce que ce funambule a écrit avec ses traversées

En fait un auteur pour moi

Et comme ma pièce préférée de lui trouve une résonance en moi

Je me suis permis de vous la partager ici

Voilà

 

Man on Wire, James Marsh, 2008

Oscar du meilleur documentaire 2009

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