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Tant que nos enfants seront plus mal traités que les tramways

:::: Par Jean Renault | paru le 16/10/2014

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La comparaison ne va pas plaire !  Elle est pourtant pertinente.

Parlons d’abord des tramways !
Quand un jeune technicien et un jeune ingénieur sortent de l’école et qu’ils décident de se consacrer aux tramways, que ce soit à leur conception, leur fabrication, leur maintenance, ils sont intégrés dans un groupe et sous la responsabilité d’un ancien, plus expérimenté, ou qui tout simplement se sera révélé plus fiable, plus imaginatif ou plus tenace que ses pairs.
Il ne viendrait à l’idée d’aucun acteur du monde industriel de confier une partie de la conception ou de la construction d’un tramway à un débutant, sans un étroit contrôle.
Le contraire conduirait à une multitude de pannes, voire à des trams qui ne marcheraient, tout simplement pas.  Et, on le découvrirait très vite. Dès les premiers mois !
Je pourrais en dire tout autant des constructeurs de ponts, de viaducs, de tunnels !
En d’autres termes, si l’industrie était organisé de façon un peut trop libérale, sans hiérarchie, nous serions journellement en train de déplorer l’effondrement d’un bâtiment, d’un pont et les victimes allant de pair.
Et plus personne n’oserait monter dans un avion !
Des avions qui seraient pour partie conçus par de jeunes techniciens, voire des plus anciens, à la fiabilité parfois discutable, sans aucun contrôle hiérarchique, osons le mot, seraient des avions cloués au sol. Et ne répondant pas à l’objectif qui leur est assigné, décoller, atterrir, et amener des passagers à bon port.

Dans l’industrie, c’est comme ça que ça marche ! Et, c’est heureux.
Il y a des responsables hiérarchiques, auquel s’ajoutent des contrôles indépendants, systématiques et permanents. 
C’est la seule façon permettant de concevoir et construire des « objets », réellement conformes à leur destination (En droit, c’est le terme, conforme à sa destination).

Passons des tramways à nos enfants, à leur scolarité !   
On va me répliquer, et vertement, avant même que je n’ai développé mon argumentaire, que rien dans la formation de nos enfants n’est comparable avec quoi que ce soit, et que le  rapprochement entre des tramways et des hommes est indécent !
Mais, je crains que la comparaison ne doive être faite et que l’indécence ne soit du côté des protestataires.

Je souhaiterais, d’abord, faire remarquer que le fonctionnement de l’Education Nationale relève d’un mélange curieux, voire détonant, entre une ossature ultra centralisée, de type soviétique et un fonctionnement, local, ultra libéral.
Etrange paradoxe dont on ne parle que rarement, voire jamais !
Que pour des raisons d’égalité de traitement, de programme, de moyens, d’égalité en général--- l’ossature de l’Education Nationale relève du colbertisme le plus pur n’est pas contestable. 
Et, le fait qu’un enseignant n’ait aucun contrôle de sa hiérarchie, hors, une inspection d’une demi-journée tous les sept ans, ne l’est pas non plus. Et que ce procédé qui s’apparente à un libéralisme outrancier n’alerte aucun syndicat est des plus surprenants, à propos d’organisations au service des enfants.

On peut s’étonner qu’une telle « chose » ait survécue.
Mais, c’est à l’hystérésis qu’on le doit. Une bienfaitrice pour les défendeurs du système !

On conçoit et construit un pont en deux, trois ans, puis on le met en service.
S’il n’est pas conforme à sa destination, la sanction est immédiate, il s’effondre !
Et les coupables sont recherchés !
Dans l’éducation des enfants, l’hystérésis est de dix, quinze ans, vingt ans. On ne découvre le résultat que trop tard. Et les coupables sont introuvables.  
Certains des témoins pressentent pourtant très tôt l’échec, avec impuissance, voire fatalisme (Les parents, voire les élèves, certains des enseignants eux-mêmes).

On devine qu’une école doit être organisée aujourd’hui comme un grand cabinet d’avocat, avec des juniors, des seniors, des  patrons.  Ca paraît de bon sens.

Les tenants du système, jusqu’au-boutistes, répondent : On ne veut pas de petits chefs !
Il est vrai que personne n’aime être dirigé par quelqu’un de son âge, voire plus jeune !
C’est humain.
Reste à définir, ce qui est le moins inhumain !
Est-ce de laisser les enseignants sans aucun contrôle sous le prétexte d’égalité entre eux et de liberté totale quand à leur façon d’enseigner, et ce, dès leur sortie de l’école ?
Ou est-ce de s’assurer de la qualité du résultat, sur la base d’une égalité entre les élèves ?
Et de préparer des hommes qui ne s’écrouleront pas !

Tant que les directeurs d’école ne disposeront pas d’un pouvoir hiérarchique réel sur les enseignants, quand à leur pédagogie, leur promotion, leurs récompenses et, in fine, leur choix, nous traiteront infiniment moins bien nos enfants que les tramways ! 
Et nous continuerons à en casser en aveugle--- en aveugle---

Dès que les directeurs d’école disposeront d’une position hiérarchique, et seront formés pour ça, nous pourrons plus utilement employer les inspecteurs à bien les inspecter, (ils sont moins nombreux), et à jouer un rôle de passeur des expériences pédagogiques réussies, dont certaines seraient brillantes. Avec le développement de l’informatique, c’est beaucoup une question  de bons modèles et moins, d’effectifs.

On murmure que trente pour cent des enseignants seraient excellents. Il n’y en a donc suffisamment pour diriger les écoles, apprendre la pédagogie aux plus jeunes, soutenir les moins performants, et se séparer de ceux qui ne sont pas faits pour enseigner. Notre priorité, ce sont les enfants !

Ah ! J’oubliais ! Choisissons les bons pédagogues  plutôt que des longuement diplômés !
Et à ce titre, avoir supprimé l’enseignement de la pédagogie était un crime !

Messieurs les politiques, il est temps d’être moins politique, plus lucide et courageux.
Et de s’inspirer de ce que font les autres nations avec succès, sans prétendre être désespérément différents !  
Mes propos ne sont ni de gauche, ni de droite.
A défaut de courage, vous serez balayé et nous devrons vivre longtemps avec vos échecs !

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