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Le pilote de l'avion

:::: Par Jonathan Kerr | paru le 19/11/2011

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Permettez moi d’avancer ceci (en m’appuyant sur les différentes expériences professionnelles que je viens de vivre) : il n’y a plus de pilote dans l’avion. Ou plutôt : serions nous devenus tous pilotes ? Vous imaginez un avion pris dans des turbulences avec autant de pilotes que de passagers ? Vous imaginez le bordel ! Il me semble pourtant que c’est exactement ce que nous vivons actuellement. A la bourse, en politique, dans nos assemblées. Dans nos grandes entreprises. Dans nos associations. A la télé et même au cinéma. Partout.

Les Anarchistes (je le suis encore un peu) rêvait d’un monde sans Dieu ni maître : d’une certaine façon, nous y sommes. Si, si, je vous assure. Vous me dites quoi : nous avons un président, jamais la religion n’a été aussi omniprésente et le PDG de Renault là ! Croyez vous vraiment que ce soit lui qui gouverne, eux qui nous rapprocheraient d’un monde meilleur, et lui le grand manager ?… Seriez vous rassurés de les avoir comme pilotes (alors que nous les avons évidemment), si vous deviez monter dans l’A380 dernier cri… non ! Evidemment, non.

Tous les plans de redressement des entreprises ont été des échecs, même ceux qui apparemment ont réussis. Echec sur le plan humain en tout cas et quasi à chaque fois. Qui pourtant a accusé ces PDG de dommages collatéraux ?

Tous semblent nous dire : pour déminer un champ de mines, il faut rouler dessus !

Bien sûr, ceux qui, dans l’agriculture, vendaient hier des substances cancérigènes (et ça on ne sait pas encore quand ça va nous péter au nez) pour accélérer la pousse des salades, ont retrouvés le goût des coccinelles… il était temps, mais sont-ils convaincus eux mêmes par le discours qu’ils doivent prononcer ou plutôt : ont-ils les armes pour convaincre ? Depuis belle lurette on ne leur a plus appris le grec, ou le latin, que savent-ils de Tite live, de Tacite, D’Eschyle, de Sophocle, de Sénèque : « Je ne me suis fait l'esclave de personne, je ne porte le nom de personne ».

Et nous, dans notre théâtre : où en sommes nous ? Qui dirige Tennessee ? Bernard  ou Johnny ?

Dieu est absent (mort ?) mais il n’a jamais eu tant d’exégètes. La politique nous décourage mais on en n’a jamais tant fait et le monde du travail en est réduit à consulter des tireuses de cartes… Tel des pêcheurs et chacun avec son lamparo nous éclairons une mer noire mais le poisson ne vient pas et nous ne savons plus si le soleil va se lever. On nous avait dit de ne pas faire d’enfants et on en a fait quand même et  nous sommes incapables maintenant de leur proposer un monde meilleur. La boucle est-elle bouclée ? Suicidons nous ? Le peuple est mort ?

Il n’y a peut-être et sans doute qu’un poète pour nous sauver. Un poète doit muter et devenir président. Disons le ça ! Sinon nous porterons bientôt tous le crêpe des enterrements. Un poète doit monter aux girouettes et tendre un fil de l’autre côté du torrent. Nous avons besoin d’un funambule. D’un vrai, d’un pur. Nous avons besoin de son rêve et de son discours maintenant. De lui seul viendra notre salut. Sinon oui, nous serons peut-être encore vivants demain…  mais à coup sûr, tous… des exclus.

 Peur nous avons, qu’il ne nous tombe sur la gueule ? Non, pour l’heure encore, il danse. Il danse oui, le poète, s’aidant du balancier en chêne arraché aux murs de l’enfance. Vous le voyez ? Il a commencé tout petit, petit rat. Les mots, tout de suite, ont été sa cadence. Quand le bâton était encore au mur et qu’il se retenait à ses vérités d’alors. Que d’adages il a planté ! Quel danseur c’était ! Mais il ne vous fait plus rêver, il le sait. Ses figures ne font plus rire le monde et nous n’avons même plus de larmes pour pleurer. Et, puisque que vous videz chaque jour le garde-manger sans rien lui laisser en pitance,  il a décidé de monter aux planètes. Sauf oui, toujours. Toujours sauf, le poète. Accroché à cette fragile idée : sa danse. Ce sauf, c’est bien lui. C’est sa fonction, son idéal : danser. Dieu sait jusqu’où il peut monter. Regardez, regardez le ! Il se sauve ce sauf. Le fil a crevé les nuages, bientôt il n’y aura bientôt plus que lui de vivant et nous… à regarder tristes nos misères. C’était notre repère, notre salut. Bientôt oui, nous serons tous… vivant mais exclus.

 


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