Je suis ainsi fait/ Q’un rien me suffit
Je vis de très peu
Je bouffe du pain
Avec du jambon
Ou avec des fruits
Je suis ainsi fait/ Qu’un rien me suffit
J’ai un peu d’amour
Pas trop, c’est très bien
Dès que tu en as trop
Te voilà crevé
Te voilà repu
De sperme et de cris
Je suis ainsi fait/ Qu’un rien me suffit
Je parcours ma vie
Au lieu de la vivre
Et je vagabonde
Autour de son puits
Personne ne sait
Qui l’a engloutie
Je suis ainsi fait / Qu’un rien me suffit
Je cherche un abri
Surtout lorsqu’il pleut
Et la pluie me baigne
De son eau glacée
Parfois le soleil
Me sèche gratos
Parfois dans la nuit
Je crois me trouver
Et souvent je meurs
Et je me survis
Toujours dans la nuit
De mes yeux blessés
Je suis mon cadavre
Et même pas moi
La branche d’un arbre
Est mon paradis
Je compte m’y pendre
Pendant que j’y suis
Je suis ainsi fait/ Qu’un rien me suffit
La vie déguerpit
De ton corps exsangue
Et à force la mort
Profite et te tue
Comme à bout portant
Pendant que tu vis
Et alors tu clamses
En plein dans la rue
On te marche dessus
Au mieux on t’enjambe
Pas besoin de tombe
C’est du gaspillage
Je porte ma mort
Le long de ma vie
Je suis la racaille
Qui meurt dans la rue
Je vomie la crème
De tous les vendus
Même dès ma mort
Je vois ce qu’ils sont
Je les vois qu’ils crânent
Et qu’ils rient très haut
Je suis ainsi fait/ Qu’un rien me suffit
Je porte ma mort
Comme un grand miroir
Sur le vieux chariot
De fringues pourries
Où le capital
Se montre à nu
Et je suis la mort
Qu’il traîne avec lui
Et dans mon miroir
Je vois qu’il est pris !
Je suis ainsi fait/ Qu’un rien me suffit
Je n’ai pas besoin
De leurs sarcophages
J’ai été sarclé
La fleur de mon âge
C’était les chantiers
On a fait Bercy
Et des H.L.M.
Un peu, pas beaucoup
J’étais ainsi fait/ Qu’un rien eu suffit
M.A. S. 3/7/08