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Marilyn Monroe

:::: Par Adolphe Nysenholc | paru le 23/04/2012

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A l’occasion de la sortie de presse du Marilyn après tout par Jean-Claude Grosse(éd.), Les Cahiers de l’égaré, 2012

Muse

Marilyn Monroe, enchanteresse du glamour, était douée d'un fort génie poétique. Comme Chaplin, elle a créé un mythe , - dont la substance allégorique est tirée d'une fabulation de son existence même. Son style a l'évidence d'une création. Toute sa vie elle eût voulu être mère. Elle fut fille d'elle-même, génératrice de sa propre légende. Cette poétesse en acte fut la muse de son temps, qui continue à faire rêver le monde.

De même que les réalisateurs emploient des scénaristes, Marilyn Monroe s'est de plus en plus servie des productions où elle inscrivait l'épopée de sa fable, pour se produire elle-même. Certes, elle a tourné avec de grands cinéastes, John Huston, John Sturges, Joseph Mankiewicz, Fritz Lang, Howard Hawks, Otto Preminger, Billy Wilder, Laurence Olivier, George Cukor, ... ils sont auteurs de leur film. Mais elle les transcende, auteur d'elle-même, enfant de ses propres œuvres...

Sa photogénie, comme celle de Charlie, était la révélation de sa poésie naturelle. Chez elle, le grain de la photo paraît le grain même de sa peau : la pellicule, petite peau, serait comme sa chair qu'on croit pouvoir toucher à vue. La lumière émanée de sa nudité suggérée embaume comme affleure le parfum de l'amour.

Dona Juana

Idole adulée des foules, elle est morte solitaire ; telle une crucifiée en chambre. Etoile filante au firmament de ce siècle, sa lumière nous parvient encore ainsi que d'un astre depuis longtemps disparu.

Elle voulait avoir chacun, elle désirait être en tous. Si Marilyn Monroe avait été un garçon, elle se fût appelée Juan, voire même Jésus. Elle avait leur charisme. Comme l'un, elle a séduit ; comme l'autre, charmé.

L'irrésistible ascension de Marilyn Monroe a fasciné, subjugué, ensorcelé les hommes, et peut-être même les dieux dans l'Hollywood de l'au-delà, nouvel Olympe, où la jalouse sans doute Vénus elle-même.

Pygmalion

L'image est une matrice d'imaginaire. Et l'icône de Marilyn, qui s'engendre elle-même, nous fait naître nous-mêmes à son désir. Elle nous fait à son image, selon son bon plaisir.

"Amas doré d'ombre et d'abandon", selon la formule du poète de Charmes, elle s'est littéralement modelée, elle est son propre Pygmalion. "Elle a travaillé en surimpression d'elle-même" (Ch. Berckmans). Elle s'est fait une silhouette, elle se faisait coudre ses robes, qui la moulent, sur elle-même, à même son corps, à fleur de peau... Le tissu, collant, transparent, plissé, - comme les robes mouillées des Korè antiques, - donne corps au moindre frémissement de son derme, souligne d'autant tout mouvement de son port. La parure qui l'enrobe comme un maillot met ainsi en relief sa plasticité. Le corps en semble une statue, ce qui la divinise. Elle en a le statut d'une déesse.

Mais, son beau galbe inspire l'Eros et sa fantaisie surtout par la dynamique de son jeu, par sa démarche intérieure, si ludique, sa désinvolture si naturelle. Son maître mot être en forme ! au moral comme au physique... "I want to be wonderful !"

Ainsi, sa vitalité rafraîchissante est faite de sa vivacité d'esprit. Elle est follement drôle comme irrésistiblement attractive. Car Marilyn Monroe a de l'humour. Elle est spirituelle. Elle a la légèreté de l'intelligence, le tact. Son corps se transcende par la grâce joyeuse de l'érotisme. Aphrodite était déesse aussi du rire. Et Marilyn en a le sens de la répartie, comme lors de ses célèbres conférences de presse.

De plus, elle se transfigure par la voix, qu'elle stylise autant que son allure d'une manière très personnelle ; notamment quand elle chante, très près du micro... toute en confidence... un murmure dans l'intimité... non sans pointes...

Elle admirait la sculpture de Rodin où des amants s'enlacent au creux de la main de Dieu ; combien de couples ne se sont pas embrassés dans la caresse de Marilyn... Vénus profane, elle fut généreusement "déesse du charme". Mais son corps n'est qu'une image : elle est un corps mystique. "L'image que moi-même j'ai faite de moi".

Femme-enfant

Marilyn est une enfant d'Hollywood. Sa mère y était monteuse. Mais Marilyn ne sait pas avoir d'enfant et n'a pas vraiment eu d'enfance. Elle surcompense dans le désir. Faute de maternité, elle se donne à fond dans la féminité. De fait, elle incarnait la femme-enfant. Pour Catherine Deneuve, elle fascinait car "elle était à la fois la féminité et l'enfance". Ce serait le retour du refoulé. "C'est une enfant malgré ses faux cils", écrit le poète N. Rosten, son ami. "Moitié d'enfant", dit d'elle Cary Grant. Et Jane Russell observe que "physiquement, elle ne semblait pas avoir d'os... elle décrivait des courbes dans tous les sens... sa chair ondulait, et l'innocence de l'enfant restait constamment présente". Tendron, la golden girl dégage la sensualité d'une baby.  "Every baby needs a da da dady", chante-t-elle (1949). Et, si elle se donne comme pleinement érotique, elle confesse que c'est l'état "où je sens en héros ma capacité de voyager dans les éléments originels de mon corps". La poupée Marilyn qui ferme les yeux quand on la couche, c'était déjà tout elle, baby doll. Tel caractérise le timbre de sa voix comme "juvénile".

Et, plus elle est enfantine, plus la femme risque d'être perçue un brin perverse. Mais c'est de cette infantilité qu'elle tire aussi son comique. Et, le rire désamorce la bombe de la blonde explosive. Il n'y a pas lieu qu'on se scandalise d'un jeu innocent.

Charlie au féminin

Marilyn serait l'équivalent féminin d'un Charlot, lui man-child. L'être dont elle est d'ailleurs souvent le plus proche est Charles Chaplin. Comme lui elle a connu très tôt la défection de son père, et une mère qui sera internée. On fait danser Marilyn à sept ans, Charlie à cinq. S'il est devenu "le plus grand homme du cinéma" (Mitry), elle a été la star des stars, la plus grande star féminine, consacrée par l'Oscar de l'actrice la plus populaire du monde, "the golden globe award as the world film favourite 1961". Elle est volontariste au même titre que lui, construit son image, self-made-myth. Elle a autant marqué l'iconographie de ce temps de sa griffe. Anxieusement "à la recherche de la perfection", comme l'a dit George Cukor, elle n'était pas moins perfectionniste. Chaplin inaugura pour ainsi dire le star system ; Marilyn Monroe incarnera la star sans star system, lequel meurt quasi avec elle. Si Elie Faure a vu en Charlot un poète ; Arthur Miller dit de Marilyn, "elle était un poète au coin de la rue". Et Marilyn sera tout aussi tragi-comique.

Janus ou la face cachée

Marilyn Monroe, être fort complexe, encore comme Charles Chaplin, se débat dans un nœud de contradictions. Baby mais aussi vamp. Ingénue incendiaire. Elle invente ce mélange détonant de la good-bad-girl. Midinette et femme fatale. Romantique mais ironique. Sex symbol mais femme stérile. Première femme moderne, elle était demeurée l'éternel féminin. Toujours adorée ; jamais aimée. Grande communicatrice, hyper-médiatique ; et enfermée de plus en plus dans ses angoisses et de moins en moins capable de sortir de soi-même. Femme publique privée d'elle-même. Fabriquée, spontanée ; star, anti-star.

Il y a quelque chose de profondément émouvant dans cette femme qui donne le change, "éclatante de santé", "pétulante d'esprit", et qui est pourtant si vulnérable, suicidaire, déprimée chronique ; elle s'en est toujours sortie comme une Sisyphe qui se hisse au sommet ; qui retombe et se remonte..."L'amour qu'on lui donne se perd dans un puits sans fond", a confessé Arthur Miller.

La mort de Narcisse

Ce Pygmalion était un Narcisse. Elle tombe fatalement amoureuse de son image, de la statue qu'elle a faite, qui est elle-même. Le sculpteur, voulant que le cœur de pierre palpite pour lui jadis, aspirait à insuffler à sa glaise la vie. Il n'y a donc qu'elle, la star, qui puisse se faire vivre, mais pas dans les autres pour qui elle reste une statue. Pour tout un chacun elle est finalement de marbre.

Et même, celle qui a été en contact avec des millions d'êtres, elle n'était après tout plus en contact avec elle-même.

Masquée par son image, elle ressentait alors le grand vide, en elle, c'est-à-dire la mort, sa mort en l'autre, qui préfigure la mort à soi. Car elle sait bien que qui croit la ressentir, elle, comme personne connue, n'éprouve que son propre désir à soi, - inconscient de ce qu'elle était.

C'est ce néant qu'elle cherche héroïquement à conjurer par la séduction, - par la ritualisation de son corps, par la magie de son mythe.

Séduire, n'est-ce pas vouloir être dans l'autre ? le pénétrer de soi, s'incarner en l'autre ; mais c'est impossible ! C'est la séduction du Christ ! qui dit être en chacun... D'où l'échec, et la nécessité de devoir recommencer... Car on n'est pas divin. Si elle s'est suicidée, cela voudrait dire que la duperie est terminée. Son corps mort, il n'était jamais vivant dans les autres. Elle n'y était qu'une apparence d'elle-même. Ce qui vit en eux ce n'est qu'eux-mêmes. Son amour avec la foule était communication dans la mort, - dans la présence de son absence. Peu croient de ceux qui l'ont connue qu'on l'ait "suicidée", ce qui d'ailleurs ne change rien à sa tragédie intérieure. "L'amour qu'on lui donne se perd dans un puits sans fond".

Sa mort finit son poème, sa geste.

Il y avait un miracle Marilyn. Il demeurera un mystère Monroe...

Norma Jean Baker se fit Marilyn Monroe. Une femme faite d'ombres et de lumières. Son image est encore la projection de nos désirs sur l'écran de la nuit.

 


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haut de rachel lascar-feldman - posté le 26 04 2012

un portrait très complet d'une star pourtant impossible à saisir. il faut beaucoup de talent et l'aimer et bien la connaître pour arriver à la dire, presque la dire, dans sa complexité et sa vérité de femme

haut de Isabelle Bournat - posté le 29 04 2012

Précision pratique : le livre "Marylin après tout" est co-écrit par 36 auteurs, chacun ayant été inspiré en 1000 mots par cette muse d'exception. Il est édité par "Les cahiers de l'Egaré" que dirige J.C Grosse, lui-même comptant parmi ces 36 auteurs. Pour se le procurer: Les Cahiers de l'Egaré 669 route du Colombier 83200 Le Revest-les-Eaux 20 euros. Ou diffuseur à Paris : Soleils 23 rue de Fleurus 75006 Tél: 01 45 48 84 62. Poupoupidou !

haut de Sylvie Lausberg - posté le 30 04 2012

Belle évocation et belle initiative que ce recueil. Comment dire l'indicible? L'image, l'ambivalence,la division du sujet... je me réjouis de découvrir ces 36 x 1000 mots qui en appelleront d'autres, surgissant dans l'intimité de la lecture

haut de Jean-Claude Grosse - posté le 29 05 2012

Cher Adolphe,
dommage que ce texte ne m'ait pas été communiqué le 1° mars: il aurait trouvé sa place dans le Marilyn après tout où 36 auteurs dont vous avec un court texte ont tenté de saisir leur Marilyn ce qui donne un livre pluriel à la poursuite de l'insaisissable MM, chaque texte étant comme un arrêt sur image d'une MM. Amitié.

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