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Pourquoi les hommes...

:::: Par Alberto Lombardo | paru le 15/10/2011

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Pourquoi les hommes écartent-ils tant les jambes quand ils sont assis dans les transports en commun ?

Depuis quelques années, une dizaine, quinze tout au plus, nous avons de plus en plus de difficulté à tenir à deux sur une banquette de métro ou de bus. Certes, le taux des êtres enrobés va croissant, les enfants sont autorisés à prendre les sièges pour des trampolines, mais surtout – n’ayons pas peur de le signaler -  l’écartement des jambes des hommes a augmenté de façon impressionnante. N’avez-vous pas remarqué ?

Si, si, pensez-y, la prochaine fois que vous prendrez les transports.

Les femmes, elles, gardent généralement les jambes croisées ou, si leurs deux pieds touchent le sol, elles ont les jambes serrées, les cuisses accolées sur lesquelles elles  déposent souvent leur sac à main.

Il existe, bien entendu, des hommes qui croisent ou serrent les jambes. Nous y reviendrons peut-être.

Mais les autres, ceux qui attisent ma réprobation tout en interpellant mon admiration, pourquoi écartent-ils et qui sont-ils ?

Au début, je me disais : ils font peut-être du cheval. C’est vrai, monter à cheval – pour ma part je n’ai jamais pratiqué – à force, ça doit arquer. Il suffit de visionner un film de cow-boy pour noter leurs jambes comparables à des arches ambulantes. Mais vu le nombre qui écartent, j’ai rapidement rejeté cette hypothèse chevaleresque.

De la moto ? Du vélo ? J’en fais moi-même, cela ne m’empêche pas de m’asseoir jambes serrées ou croisées. 

Le foot ? C’est possible. Regardez-les courir pendant quatre-vingt-dix minutes les jambes écartées, à l’affût du ballon, en apesanteur, tout en souplesse, prêts à rebondir. Et nombreux sont les hommes qui pratiquent ce sport mâle.

Peut-être espèrent-ils, même assis, recevoir le ballon et marquer le but de leur rêve. De toute évidence, ils sont prêts à recevoir. Même s’ils monopolisent les trois quarts de la banquette, ils sont en position généreuse, d’ouverture.

Ou peut-être est-ce parce que… Non ! Oui ? En auraient-ils une paire si proéminente que… Une qu’ils ne voudraient pas obstruer, compresser, coincer, étouffer, ignorer, nier… ? Ils sont des hommes, des vrais, ils se doivent de prendre position, d’asseoir leurs arrières, de planter leurs piquets, de montrer leur puissance. Ils sont à craindre ; leur dard, en position d’attaque, prêt à s’éjecter si l’occasion se présente : Je m’impose donc je suis. Je m’ouvre, je montre mon calibre, je suis open, une bête prête à surgir, à foncer, à défoncer.

C’est drôle, on dit d’une femme qui se tient les jambes écartées, qu’elle en veut, alors que d’un homme on dit qu’il en a.

Le summum, et j’ai eu la chance d’admirer ce fascinant tableau, c’est un homme assis sur la banquette, les jambes indécemment écartées, avec à son bras, en équilibre sur le rebord de ladite banquette, sa fiancée bien blonde, la tête reposant sur les épaules de l’Homme, et en face d’eux, la meilleure copine de la blonde, une brune lumineuse, qui a vue complète sur la zone écartée. Zone à l’extrémité de laquelle est niché l’appendice dont on devine que son propriétaire espère pouvoir la régaler très vite, disons, lorsque sa blonde sera occupée à penser. Heureuse femme brune !

Quant à vous, frères aux jambes serrées, croisées, en êtes-vous encore ? En avez-vous ?  Quelle place vous est destinée ?

Si l’Homme éprouve le besoin de s’imposer davantage c’est probablement parce que le taux d’homosexuels, d’artistes, d’asexués, de chamans, d’illuminés en tout genre ne cesse de grandir. Il n’a pas l’intention de se laisser faire, et c’est par la force, l’invasion, le droit accordé à son sexe qu’il compte s’y prendre.

La tête et les jambes, le cerveau et la queue, le yin et le yang. Certains maîtres spirituels prédisent la fin de la dualité. Désormais il va falloir compter sur la troisième voie : le partage, la générosité, la clairvoyance, l’amour fraternel.

On peut donc espérer un jour s’asseoir sur une banquette et caresser en toute impunité les jambes ouvertes des vrais hommes sans qu’il vous en coûte un carton rouge.


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