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Revue mensuelle des écritures théâtrales

Vendredi 25 mai 2012

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Bilbliothèques d'auteur

Eric Rouquette

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Eric Rouquette

Eric Rouquette est Auteur dramatique



Bibliothèque à côté du bureau, à portée de la main gauche. Étages remplis de quantité de paperasses, manuscrits, archives, cartes postales, de quelques bibelots, d’un billet de corrida, de places pour un concert que Bashung n’a pas eu le temps de donner, de boîtes métalliques renfermant je ne sais quoi – il faudrait que je regarde – et de livres… Quand même.

Des livres ici, d’autres là, empilés ou alignés, c’est selon, rangée du devant rangée du fond - ah l’injustice pour la rangée du fond qui n’est pas visible à l’œil nu – sans ordre de préférence. Et d’autres ailleurs, sur la cheminée ou bien encore au niveau 0 d’un meuble en dégradé, là où le chat laisse traîner ses poils. Quelques exemplaires de la Pléiade – œuvres complètes de Marivaux, Corneille, Baudelaire, Rimbaud… – quelques recueils de poésie de la NRF – Desnos, James, Michaud, Mallarmé… – des pièces de théâtre en nombre étrangement raisonnable, davantage hérités de mon passé d’élève comédien – mais je ne prête pas comme ça mes Strindberg, mes O’Neill ou mes Gorki – que de mes lectures d’auteur. Une biographie de Gabin, une de Pialat, quelques scénarios. Et puis du roman, du roman, du roman, en Livre de poche, en Folio, en 10/18, Points, Babel… enfin en tout ce qui peut s’écorner ou se tordre sans que ça ne me chiffonne plus que ça. Ce qui témoigne de mon peu d’attachement aux objets. Pour preuve, je n’ai même pas pleuré le jour où j’ai dû balancer ma collection de San Antonio. C’est vous dire…

Faut-il un inventaire complet ? Moi qui ai une vraie maladie pour les listes, et qui ai recensé par exemple tous les films que j’ai vu depuis que j’ai l’âge d’en voir, c’est-à-dire à peu près depuis toujours, je n’ai jamais pris la peine de cataloguer mes lectures. C’est sans doute que l’étendue est aussi vaste que fluctuante, et que je suis un lecteur très éparpillé, qui peut passer de Gombrowicz à l’Équipe sans contrition aucune (dans quel sens, d’ailleurs ?). Des constantes tout de même : chronologiquement et sans m’attarder sur mes périodes Oui Oui et Six compagnons, qui se sont volatilisés aussi suivant les déménagements, j’ai eu autour de l’adolescence une bonne séquence Vian / Sullivan, suivie d’une grosse dépendance à Kundera (souvenir impérissable de La vie est ailleurs), avant de gentiment plonger dans les classiques, en attaquant si je me souviens bien par Maupassant, avant de vivre enfin mes premiers grands émois avec Stendhal et Flaubert. J’étais et suis resté un grand romantique, et n’ai jamais rejoint la cohorte virile des amateurs d’aventures ou d’épopées historiques. Autant je me plongeais avec exaltation dans les affres sentimentales d’Emma Bovary, Julien Sorel, Octave de Malivert, Frédéric Moreau, Henriette de Morcauft et consorts, autant les fresques historiques de Dumas ou les explorations de Jules Verne restaient pour moi inabordables. Pas de science-fiction non plus, peu de policiers itou. Excepté un coup de foudre pour Jean-Jacques (Rousseau, Confessions et surtout rêveries du promeneur solitaire), peu d’essais, et à peine une petite pincée de correspondances (dont les adorées Lettres à Sophie Volland, de Diderot). Non, décidément, du roman et encore du roman, et là ça arrose dans tous les sens. Pêle-mêle et sans classement d’aucune sorte : presque tout Balzac et Zola, Aragon, Zweig, Bernanos, Pouchkine, Gogol, Céline, Nabokov, Camus, Gary, Queneau, Faulkner, Boulgakov, Calvino, Tabucchi, Mailer… J’en passe et des meilleurs et je garde mon trio majeur pour la fin : outre Stendhal déjà cité, je mets sur le podium de mes incontournables Dickens et Dostoeivski. (donnez-moi un livre à emmener sur la fameuse île déserte et je prends L’idiot). Hormis un certain attrait pour les romans à contexte religieux – dont La faute de l’abbé Mouret et Sous le soleil de Satan, qui cela dit racontent tous deux les doutes d’un homme de Dieu sur sa foi – je suis toujours ramené au sociétal et à l’étude de caractères. Plus ça me trimballe du cœur à l’inconscient et vice-versa, plus je suis preneur. Très peu pour moi l’absence de psychologie, et encore moins l’absence de sentiments. L’un et l’autre intimement liés, façon de vivre les choses que je m’efforce d’honorer dans mes pièces.

Les auteurs contemporains ? J’avoue que je les connais mal, et qu’il y a notamment chez les Français quelque chose d’indéfinissable qui me retient de m’intéresser à eux. Peut-être une légère tendance au nombrilisme, mais je me garderai bien d’en dire plus. Si j’ai bien aimé les premiers Nothomb – qui sont pourtant passés dans la rangée du fond –, et découvert quelques nordiques ou sud-américains sans être vraiment troublé, mes lectures du moment se concentrent en fin de compte sur trois grands écrivains américains contemporains : Philip Roth, Russel Banks et Bret Easton Ellis. Avec eux, je suis en lieu sûr, et même si leurs livres sont parfois inégaux – mais un livre moyen chez Ellis est tout de même un chef d’œuvre – il me semble que leur façon de dépeindre les Etats-Unis d’hier et d’aujourd’hui nous renseigne beaucoup sur l’évolution du monde. Je ne suis pas pro-américain pour autant. Eux non plus du reste. Mais imaginons seulement qu’un Roth qui fumerait des Gitanes du côté de St-Germain – chose déjà peu probable –s’intéresse au hasard à l’affaire DSK, et on se fait vite une idée de ce que, de ce côté de l’Atlantique, nous ne sommes plus capables d’écrire.

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