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Mercredi 26 juillet 2017

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David Léon

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David Léon

David Léon est auteur dramatique

Éditions Espaces 34

Un Batman dans ta tête
de David Léon

Matthieu, un adolescent, passe de plus en plus de temps devant sa console de jeu.

Depuis qu’il s’est plongé dans les aventures du Batman, il entend une voix qui s’adresse à lui de façon répétée et envahissante.

Elle lui raconte des souvenirs d’enfance, lui parle de sa famille, et fait resurgir des événements qu’il croyait oubliés, des émotions qui lui échappent.

Peu à peu, Matthieu recompose une histoire, son histoire, à travers une parole intime et brutale qui ne fait plus la part entre le réel et le monde virtuel dans lequel évolue son double, le Batman.

Un soliloque sensible qui explore notamment la construction de la personnalité au moment de l’adolescence.



ISBN : 978-2-84705-078-3
EAN : 9782847050783

13x21cm, 64 p., 11,50 €
ouvrage publié avec le soutien du Centre national du livre

Ma bibliothèque.

Crever pour vivre. Klaus Kinski.
Emily L. Duras.
Les démons. Dostoïevski.
Querelle de Brest. Jean Genet.
La route. Cormac Mc Carthy.
L'ecclésiaste.
Au-delà du mal. Shane Stevens.
Les bienveillantes. Jonathan Littell.
Hervé Guibert. Vous m’avez fait former des fantômes.
Sans l'ombre d'un doute. Racines. Pierre Duba.

Ma bibliothèque, réduite, au strict minimum.
Je les garde de moins en moins, les livres, dans l’appartement.
Mon ami, H., il disait : « Mes livres, c’est tout ce dont je suis propriétaire. »
Je lui avais répondu : « Tu lis pour tous ceux qui ne lisent pas, tellement tu lis. »
Deleuze disait : « La véritable écriture est celle qui cherche à parler à la place des chiens. »
A la place des fous.
A la place des morts.
Céline. Mort à crédit. Rigodon.
J’ouvre un livre au hasard dans ma bibliothèque : « J’écris pour ceux qui sont morts, pour ceux qui ne sont pas nés. » 4. 48 Psychose. Sarah Kane.
Anéantis. Sarah Kane.

La véracité mentale, le corps psychique, en guerre.
Poteaux d’angles. Henri Michaux. « Skieur au fond d’un puits. »
Ma bibliothèque.
Une étagère sur la mezzanine.
Et des livres en attente, posés sur la table basse.
Le courage des oiseaux. Patrick Laupin.
Cercle. Yannick Haenel.
Les oiseaux. Le palais de glace. Tarjei Vessaas.

Une malle. Un caisson. Des cartons.
Septembres. Philippe Malone.
Mururoa mon amour. Marguerite Duraille.

Face à la fenêtre vide, je relis quelques mots de Paul Celan. La poésie de la destruction.
« Un livre ouvert, c’est aussi la nuit. » Écrire. Duras.
Ma bibliothèque disparaît, se réduit, rétrécit, se rapetissit.
Tous ces livres à la vente, sur la place des marchés ou sur les quais de seine, ou chez Gibert.
Revendus, puis rachetés encore par mon ami H.
Et tous ces livres, au pilon.
Thomas Bernhard. Le souffle. La Cave. Oui.
Avant d’être vendus ou donnés, ces livres prenaient toute la place, dans l’appartement.
Pierre Guyotat. Eden. Eden. Eden.
La fabrique de violence. Jan Guillou.
Quand j’avais cinq ans je m’ai tué. Howard Buten.
Sa majesté des mouches. Peter Brook.

« Je ne pourrais jamais les vendre, mes livres. » disait-il, mon ami H.
Elle se reconstitue. Elle va se reconstituer, ma bibliothèque.
Pages par pages. Elle est aussi au dehors.
Dans les librairies, tous ces livres manipulés, recherchés, convoités.
Ces couvertures, ces quatrièmes de couverture…
La maison muette. John Burnside.
La fille sans qualités. Juli Zeh.

Emballages des livres. Empilements dans les boites, dans les sacs.
Portés à bout de bras dans les trains ou les camions loués pour l’occasion.
Ma bibliothèque déménagée.
Recomposée, réorganisée par titres ou par auteurs. Ou par genre, il faudrait.
Livres relus, recommencés. Livres abandonnés. Livres détestés. Livres déçus. Houellebecq.
Une mémoire. Les souvenirs des rues, des librairies, des places des lectures, de la traversée des pays, des paysages. Genève. Rabat. Les noms et prénoms inscrits dedans, pour ne jamais oublier.
Les livres palpés, écornés, annotés, soulignés. Livres souillés. Ces livres qui marquent le temps, les temps, vécus.
Livres offerts. Déplacés de la bibliothèque. Livres sacrifiés.
La pluie d’été. Duras.
Les fils de la médina. Naguib Mahfouz.

Et les livres que je ne pouvais pas garder : Journal d’un innocent. Tony Duvert. Livres effrayants. Qui m’ont effrayé.
Livres attendus, comme des enfants portés. Tant désirés, comme des emblèmes. Après des luttes, des batailles, des livres publiés, comme des victoires. Mise en demeure. Karol Tillier. Les cruautés.
Avec ma bibliothèque, je cherche un dépouillement, une certaine rareté, car dans la maison de ma mère règne, trône les vestiges d’une vie.
De bas en haut, chambres par chambres, bibliothèques, bibliothèques, centaines de livres dont je serais l’héritier.
« Le pire est toujours sur. » disait mon ami H.

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