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Chroniques africaines
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Revue mensuelle des écritures théâtrales

Vendredi 30 juillet 2010

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De nos envoyés très spéciaux

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Michel Bellier

Michel Bellier est Auteur dramatique


Roses de mai

Bienvenue à Grasse. Grasse, c’est la vraie Côte d’Azur. Loin des marinas et du béton. Entre la touffeur perpétuelle d’un orage de montagne toujours guettant et un franc soleil déjà italien. Lascive.
Grasse, ses parfums, ses distilleries, sa flore exubérante.
Voilà, ça c’est fait : fin de la carte postale.
Grasse : ville en escargot qu’on croirait sortie d’une gravure de M.C. Escher, prise dans un mouvement perpétuel de montée-descente où pour monter on croit descendre pour s’apercevoir qu’en fait on est resté au même niveau…Ne cherchez pas : il faut l’avoir vécu pour comprendre…
Grasse, une ville coupée en deux.
Grasse, ville haute qui ne regarde la mer que de loin et de haut ; Grasse, ville basse aux murs lépreux qui cherchent le jour.
Mais Grasse c’est aussi une vie culturelle intense. Un théâtre (dirigé depuis près de vingt ans par Jean Flores) qui ne désemplit pas grâce à une programmation exigeante.
Grasse, c’est aussi son festival des Didascalies. Vingt et un ans d’âge, un sacré millésime. Oui vous avez bien lu ! Pas la peine de faire des yeux ronds comme ça et de prendre cet air indigné « quoi ? un festival à Grasse ? tu dis n’importe quoi ! on en aurait entendu parler ! » Et ben si. Et la prochaine fois, vous ouvrirez vos esgourdes, na ! Depuis vingt et un ans, oui vous avez bien lu, tous les jolis mois de mai, le festival des Didascalies, installe sa joyeuse caravane au Théâtre de Grasse et dans toute la ville. Cette manifestation fut initiée en 1990 par l’Institut Fènelon (très impliqué dans le dèveloppement du spectacle vivant en milieu scolaire) et elle continue à être illuminée par le dynamisme de sa coordinatrice Christine Monpoix. Depuis vingt et un ans, des lycéens, collégiens, de l’Europe entière, d’Amérique et du Maghreb viennent faire souffler pendant une semaine l’esprit aussi tapageur et joyeux que rigoureux d’un théâtre populaire qui réconcilie les générations et qui montre par là, il n’est pas inutile de le répéter de nos jours, toute l’étendue de ses vertus éducatives.
Pendant une semaine, jeunes Roumains, Tunisiens, Russes, Hongrois, Français, Marocains, Espagnols, Allemands, Italiens, Polonais, Tchèques, Québécois vivent ensemble, travaillent, découvrent, diffèrent ensemble pour mieux converger, partagent ensemble la joie et la frustration de l’éphémère théâtral à travers une francophonie portée avec cœur et souffle.
Ces troupes scolaires venus des quatre coins du monde ne se sont pas retrouvées là par hasard. Elles ont été, au préalable, sélectionnées par un jury sur des critères pédagogiques et artistiques très stricts et sont soumises à un règlement draconien : temps de jeu, d’installation/démontage…
Pendant les Didascalies, il se passe un nombre incroyable de choses. Et, croyez-moi, on en sort épuisé peut-être, mais ravi ! Ravi, d’en avoir pris plein la poitrine et les mirettes. Ca commence à 9h du matin jusqu’au soir pour une moyenne de quatre/cinq spectacles par jour. Le tout entrecoupé d’apéritifs récréatifs de parades en ville, d’ateliers d’écriture, de concerts…Bref, ça part dans tous les sens. Tiens, justement c’était le thème de l’édition de cette année : « Ca part dans tous les sens »…Les sens…Grasse…Ici, le théâtre est un virus qui saisit les jeunes, qui les contamine depuis les petites classes. Puisqu’on pense théâtre, on rêve théâtre, on rit théâtre, et ce du matin jusqu’au soir et dans toutes les langues, il était normal que les auteurs soient de la partie. Déjà fortement représentés par les délégations étrangères (Visniec, Durringer, Marquez, Durnez, Madani…), déjà présents toute l’année à l’Institut Fènelon pour animer des ateliers d’écriture, ils devaient aussi être associés au présent du festival. Christine Monpoix a donc passé commande à cinq auteurs (Philippe Alkemade, Marie-Pierre Cattino, Jean-Pierre Thiercelin, Philippe Touzet et moi-même). Chacun devant écrire une pièce courte à propos d’un de nos cinq sens. Chaque texte était ensuite confié à un metteur en scène qui, réunissant une troupe provisoire et composite issue des différentes délégations, le portait sur le plateau. C’est ainsi que, l’espace trop court d’une soirée, j’eus le privilège d’entendre du Thiercelin avec un fort accent russe, un Cattino parfumé aux épices de Tunisie…
Une édition de ces cinq textes est en préparation...
Les Didascalies, c’est le lieu où l’on découvre un théâtre joyeux, éminement populaire.
Vous doutez encore de la véracité de mes propos ? Allez, quelques chiffres : depuis leur création en 1990, les Didascalies ont reçu plus de 9000 jeunes comédiens, soit une moyenne de 450 par an, qui ont joué chaque année devant 10 000 spectateurs. Les Didascalies, c’est aussi 20 à 25 spectacles scolaires par an dont les deux tiers sont des mises en scènes de textes d'auteurs contemporains. En 21 ans, plus de trois cents textes publiés ont été montés par des troupes venues de Russie, Tchequie, Pologne, Hongrie, Roumanie, Tunisie, Maroc, Quebec, Espagne, Italie, Allemagne...
Le spectacle s’ouvre et se clot par deux spectacles professionnels. Et ce depuis 15 ans.
Dans les éditions prochaines, de nouvelles idées vont faire une part plus belle encore aux écritures vivantes. Les idées ne manquent pas, commandes, résidences, ateliers…
Ça donne envie, hein ? Alors, on vous y voit l’année prochaine ?



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Posté le 16 09 2009 Par Frédéric ORTIZ
Le papier du moment de Michel Bellier se réflète dans l'encre rouge et noire de Bénédetto. Hommage ému d'un homme de théâtre (auteur et comédien) à celui restera pour toujours l'âme brûlée d' Avignon, le cri des oubliés, le souffle des écrasés. Michel traduit son émotion par des mots et des rythmes qui nous laissent heureusement croire qu'André Bénédetto, chevauche les remparts d'Avignon, debout et droit comme un fanal. Il est là dans la nuit avec la lumière dans sa plume urgente et nous empêche de dormir...
Merci à Michel...Respect Monsieur Bénédetto!

Posté le 03 09 2009 Par Danielle Dumas
Merci pour celui qui jamais n'abandonna les luttes et fit de son théâtre, une tribune. C'est un grand moment d'émotion à entendre ainsi parler de celui qui, avec ses compagnons, maintint le théâtre engagé et vivant.
Comme il aimait rassembler chaque année spectateurs et acteurs autour d'un côte du rhône, je propose que les EAT prévoient une dégustation de ses textes autour d'un rouge afin de boire "à l'indépendance du monde".

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©Le Billet des Auteurs de Théâtre 2010
La rédaction