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Revue mensuelle des écritures théâtrales

Samedi 22 septembre 2018

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Au fil de la plume
Gilles Boulan

Chaque mois, un auteur nous dévoile
quelques pages manuscrites au fil de sa plume...

Gilles Boulan

Gilles Boulan est auteur

Le terrain et le laboratoire.

Depuis mes lointaines études à la recherche d’un temps perdu, j’ai toujours partagé ma vie entre le terrain et le laboratoire. A l’époque, le terrain prenait la consistance de ravins sablonneux dans les plateaux de Macédoine et ses outils étaient très frustres: le marteau, le burin, la pioche, des bandes
de toile de jute et du plâtre. Ses trouvailles consistaient en des fragments osseux noyés dans le sédiment. De bien pauvres trésors et des promesses de découvertes qui ne se feraient que beaucoup plus tard dans les laboratoires quand dégagés de leur gangue et mesurés dans tous les sens, ils livreraient enfin leurs secrets. Le terrain ne dévoilait qu’une vérité partielle, grossière et décevante dont le laboratoire devrait révéler le sens au prix de minutieuses restaurations et de savantes spéculations .
Le hasard a voulu - s’agit-il vraiment d’un hasard ?- que mes activités dramatiques s’exercent en grande partie au sein d’une compagnie itinérante: la famille Magnifique. Et depuis plus de quinze ans, je retrouve avec les tournées, la liberté du terrain et la magie du laboratoire. De ce nouveau terrain qui n’a plus rien à voir avec les savanes du Tertiaire, les outils d’aujourd’hui ne sont guère plus sophistiqués et se réduisent à quelques feutres et à un carnet vagabond où s’entassent pêle-mêle des brouillons de chroniques, des débuts de dialogues, des intentions de pièces, des phrases inachevées... Toute une littérature intentionnelle, griffonnée à la main à laquelle le laboratoire et surtout le traitement de texte donnerait sa forme définitive (ce qui pour un Normand, familier de l’incertitude et de l’indécision, demeure à jamais un voeu pieux.)
Comme il n’existe pas, à propos parler, de manuscrits de mes pièces, (depuis l’acquisition de ma première machine à écrire, une portable joliment appelée Valentine, achetée avec mon premier trimestre de bourse de troisième cycle, j’écris directement au clavier.) ce sont trois pages de ces carnets, trois instantanés d’un terrain aussi vaste que les départements de la Manche et du Calvados réunis pour la tournée de l’Ivresse des livres, et aussi imprévisible qu’une tournée en Tunisie au printemps 2007 que je vous propose d’ouvrir ici. En espérant qu’un autre que moi y trouvera quelque intérêt.

Gilles Boulan

 

Manuscrit 1

La page est pleine de la rencontre de deux projets de pièces. Une rencontre aussi improbable que celle de la machine à coudre et du parapluie sur une table de dissection. A gauche, un prince charmant qui se languit depuis cent ans, apostrophe le gardien du tombeau de sa belle endormie: il veut absolument tenter sa chance et l’embrasser. A droite, l’épouse du voyageur sans nom tente de le dissuader de poursuivre son inutile odyssée vers la maison de son enfance quittée depuis un demi siècle.
A gauche, quelques répliques d’une courte pièce inédite ( Le réveil de la belle) appartenant au cycle des Contes de l’Errance, une aventure théâtrale au long cours qui depuis 2002, ne cesse de se relancer et se poursuivra en 2010 avec Les Contes de l’Errance, livre 3 .
A droite, une scène nouvelle pour un projet de réécriture de Le chemin de ma maison, pièce inspirée par le conflit palestinien. Le projet de ré-écriture a bien été mené à terme mais la scène n’a pas été retenue dans la nouvelle version.

 


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Manuscrit 2

Des propos recueillis et des rencontres diverses peuvent parfois suggérer des sujets de nouvelles. Ils me restent à l’esprit durant les quelques semaines où, à défaut de les travailler. je fais au moins l’effort de ne pas les oublier. Si bien que de temps en temps, je prends l’initiative d’en griffonner un résumé, histoire de me soulager de l’encombrante obligation de les mémoriser. Mais je n’ignore pas qu’il s’agit-là d’une précaution fragile, comme une antichambre de l’oubli.
Ces trois projets de nouvelles pourraient tout aussi bien devenir des projets de pièces. Qui sait ? Cela étant, ils n’entraient pas dans mes priorités et je dois bien reconnaître que j’avais fini par les oublier. Car les nouvelles pages des carnets se tournent sur les pages plus anciennes et finissent par les recouvrir. Ce retour au fil de la plume aura eu au moins le mérite de me faire retrouver une partie de ma mémoire. Jusqu’au prochain oubli.
Inutile de vous préciser que ces nouvelles sont demeurées dans l’état où vous les voyez.

 

Manuscrit 3

Depuis quinze ans, je rédige une chronique après chaque représentation de la famille Magnifique, histoire de maintenir le fil de l’écriture lorsque les déplacements fréquents ne me permettent pas de maintenir ouvert des chantiers aussi exigeants que la rédaction d’une pièce. A l’occasion des tournées plus lointaines, la prise de note prend la forme d’un journal de voyage, plus ou moins rédigé selon les circonstances et le confort des chambres d’hôtel. Il sera ensuite retravaillé après le retour à la maison et donnera lieu à une chronique beaucoup plus synthétique.
Ces deux pages sont extraites du journal d’une tournée en Tunisie au Printemps 2007. Je ne résiste pas à la tentation de vous faire part de la chronique qui en est résultée :
HAMMAM SOUSSE
samedi 10 mars 2007
Ce matin, la pluie a enfin cessé, le vent s’est calmé mais le ciel demeure assez gris et la mer agitée. La tempête s’éloigne. Au pied de l’hôtel astucieusement nommé Dreams Beach, la vision n’est pas très glorieuse. Les vagues roulent sur la plage encombrée de débris, un conteneur à ordures est couché sur le flanc et des flaques d’eau envahissent le parking. Dans la salle de restauration déserte, à l’éclairage plutôt blafard, une femme de ménage passe la serpillière pendant le petit déjeuner. Cérémonie lente et paresseuse. On avale un café au goût épicé et on se réfugie dans le hall. Silencieux lui aussi. Les cendriers débordent, l’odeur de tabac froid en est presque écœurante mais le barman s’active pour nettoyer les tables. Il fait frais, on se sent fatigué. On espère que l’amélioration va se confirmer dans les prochaines heures. Ça fera du bien de jouer. Puisqu’on est là pour ça.

 


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